Zoom 8 : Véronique Gautier

Ton premier contact :

Quel a été ton premier déclic avec la mosaïque ? (Un voyage, une rencontre, une matière ?)

Ou comment entre t-on en mosaïque ?
Petite, je traçais sur le sol de minuscules paysages colorés faits de baies de sorbiers, de cupules de glands, d’écorces… et depuis toujours je glane et collectionne cailloux, coquillages, morceaux de bois avec l’envie de les « mettre en scène » pour en révéler la beauté.

Plus tard j’ai découvert lors d’un travail de fin d’études les « marbres » belges, poudingues, et travertins aux nuances magnifiques… J’ignorais encore tout de la mosaïque.

Bien sûr il y eut les éblouissements, comme la découverte de la coupole de la Création du monde de Saint-Marc à Venise ou des pavements de cette même basilique : savoirs-faire hors d’atteinte pour moi.

La mosaïque de Gaudi dans le parc Güell m’a semblé plus accessible; j’y ai reconnu une démarche que je pouvais faire mienne; j’ai commencé à récolter des débris de toute sorte dans les chemins creux, les remblais, à collectionner les assiettes cassées.
C’était magique de créer du « beau », du neuf, du différent à partir de tous ces petits éléments disparates. Il y avait sûrement quelque chose de l’ordre de la réparation…
Mes premiers travaux furent des bouquets, des natures mortes faites
d’assiettes cassées.

Ton univers : 

Comment définirais-tu ton style ou ton approche actuelle ?

C’est un univers peuplé d’insectes, d’oiseaux, de fleurs… un univers qui m’habite grâce à mon Grand-Père féru de lépidoptères et amoureux des arbres. J’aime me plonger dans les planches botaniques, les bestiaires médiévaux, les études d’insectes des peintres flamands du XVIIème et autres illustrations
naturalistes.

Que ce soit en mosaïque, en céramique ou en dessin, je m’obstine à vouloir transcrire en tesselles, en terre ou en croquis des éléments de la nature; c’est pourtant perdu d’avance! Mon travail ne sera jamais qu’un pâle reflet de la beauté essentielle des sujets que j’aborde. Mais pour soigner mon éco-anxiété,
je veux continuer à attirer l’attention sur cette « beauté » du petit, du minuscule qu’il soit plante ou animal; mes deux moyens? Le travail dit « artistique » et mon travail de Guide-naturaliste.

L’indispensable : 

Quel est l’outil ou le matériau dont tu ne pourrais pas te passer ?

Sans pinces brucelles je n’irais pas loin; mes tesselles sont parfois si petites ou si fines !
Sans les autres outils non plus d’ailleurs.

Ton défi :

Quelle est la pièce (ou le projet) dont tu es le ou la plus fier·e ?

Disons la pièce que je préfère à ce jour…
Le « Carabus musivus »: ma première sculpture-mosaïque, ma première création en volume et la première application de la théorie de la couleur abordée avec la Maestra mosaicista Marzia Truant.

Pas le premier insecte, mais un coléoptère aux couleurs chaudes et irisées que j’avais à coeur de figurer en tesselles.

L’ouverture, la mosaïque sans frontières :

Véronique, tu es notre première adhérente “hors hexagone”. Comment se porte la mosaïque en Belgique ? Existe-t-il une dynamique particulière, des associations ou des lieux ressources (fournisseurs, ateliers) qui font vivre cet art chez toi ?

Il me semble que la mosaïque fait doucement son chemin en Belgique. Deux associations y sont très actives : l’une en région bruxelloise à Berchem sainte Agathe : Art Mosaico et l’autre en
région flamande du côté d’Anvers : Pro Mosaico.

    L’ASBL ART MOSAICO fut créée en 2007 par Jean-Christophe Duperron, Artisan et Mosaïste professionnel; à son décès en 2023 une équipe motivée d’élèves mosaïstes a fait le pari de reprendre les rennes. Elle propose des ateliers hebdomadaires, des stages découverte pilotés par des membres de
    l’ASBL et des stages perfectionnement avec des mosaïstes professionnels invités. Le lieu est vaste, les matériaux et les outils sont à disposition. Le lieu est vaste, les matériaux et les outils sont à disposition. L’ASBL a récemment organisé un stage pour ses membres en Italie.
    https://artmosaico.be

    PRO MOSAICO INTERNATIONAL VZW
    Elle réunit des passionnés de l’art de la « mosaïque artisanale avec marteline et tranchet » (sic).
    Son but est de les réunir pour promouvoir la mosaïque de manière plus étendue. Pro Mosaico international, comme son nom l’indique, offre à ses membres un réseau de mosaïstes en Flandre bien sûr, en Wallonie, aux Pays-Bas et en France avec des contacts jusqu’à Spilimbergo. Ateliers avec professeurs professionnels, expo annuelle, agenda des expos en Belgique et à l’étranger, sorties mosaïques et portraits de ses membres complètent l’offre.
    Un alter ego de l’ARMO ?
    https://www.promosaico.be/fr/

    Par ailleurs l’académie de Wilrijk (près d’Anvers) dispense un cursus de mosaïque sur 5 ans; on y enseigne la mosaïque romaine,, byzantine et moderne selon les règles de l’art. Le travail se fait à la marteline.
    https://academiewilrijk.stedelijkonderwijs.be

    Et puis il y a la Triennale de la mosaïque dont la deuxième édition s’est tenue en septembre dernier.
    https://www.facebook.com/centreculturel.couvin

    Ah je découvre à l’instant l’Association Vitro-Mosaik , créée par Afrânio Fonseca en 2023 (Région flamande en périphérie bruxelloise) qui a pour objectif de faire connaitre et promouvoir l’art du vitrail et de la mosaïque, notamment en tant qu’arts décoratifs et activités de loisir créatif. Elle offre aux
    amateurs un atelier (matériaux et outillage) et le support technique d’un professionnel. Cours, stages et formations destinés à tous.
    Association.vitromosaik@gmail.com

    En dehors de ces structures et événement, il existe un tas de petits ateliers privés qui proposent de temps à autre des initiations à la mosaïque. Je pense à Woo.Brussels, Magda Mosaica, Nadine Cheppe, …

    Le regard européen : Une communauté globale ?

    Est-ce que tu perçois une différence d’approche ou de sensibilité entre la mosaïque belge et française, ou penses-tu que les réseaux sociaux ont aujourd’hui gommé les frontières géographiques au profit d’une communauté artistique globale ?

    Oui je crois qu’on peut parler d’une communauté artistique globale; nombre de mosaïstes belges visitaient la biennale de Mosaïques en Nord à Hazebrouck; nombre expose maintenant à l’annuelle de Hem ou à la bisannuelle de Chartres. Et beaucoup de mosaïstes français se retrouvent à la triennale de Couvin… Les réseaux sociaux facilitent également les échanges.

    La vision ARMO :

    Pour toi, que représente l’importance d’un réseau comme l’ARMO aujourd’hui ?

    Mais quelle bonne idée ce réseau ! Une association pour sortir de la solitude de l’atelier et rencontrer les artistes mosaïstes, leurs démarches, leurs univers…
    Pour nous fédérer, nous plonger dans une communauté… Un seul site pour trouver les bonnes infos, les bonnes adresses, les conseils techniques…
    Un élan pour faire éclore la mosaïque au grand jour, pour ne plus entendre: tu fais encore de la céramique ?
    Trop fière d’être la première Belge a soutenir le projet !

    Le conseil :

    Un petit mot ou une astuce pour un·e débutant·e qui n’ose pas encore se lancer ?

    Lancez-vous ! C’est incroyable mais une mosaïque est toujours belle.
    Les mosaïques que faisaient les enfants dans mes ateliers m’ont toujours fascinée: une merveille naît de quelques bouts de carrelage assemblés et de ciment coloré.

    Le mot de la fin :

    Un immense merci à Véronique Gautier pour ce voyage à travers son univers si singulier.

    Nous avons été particulièrement touché·e·s par son approche « réparatrice » de la matière et par sa capacité à transformer l’éco-anxiété en une célébration du minuscule. Qu’elle soit guide-naturaliste ou artiste-mosaïste, Véronique nous rappelle avec poésie que chaque tesselle est un hommage à la beauté fragile de la nature.

    Ses précisions sur le dynamisme de la mosaïque en Belgique (associations, cursus académiques, triennale) sont des ressources précieuses pour notre communauté. Nous sommes très fier·ère·s de la compter parmi nos membres et de voir, grâce à elle, que l’ARMO dépasse déjà les frontières pour fédérer les passionné·e·s.


    2 réponses à “Zoom 8 : Véronique Gautier”
    1. Michelle MUNNIER

      Contente de te retrouver ici Véronique, j’adore ton travail et ton “Carabus musivus” exposé à Hem en 2024 est une merveille ! Il a bien mérité son prix !

      1. Véronique Gautier

        Oh merci Michelle!

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