
Dans la famille Patrizio, la mosaïque fait partie des gènes. On est mosaïste de pères en fils et filles depuis 1903 !
L’histoire commence à Sequals, petit village de la région du Frioul-Vénétie, en Italie du nord.
Là-bas, tous les hommes ou presque sont mosaïstes.
C’est le village dont est originaire Giandomenico Facchina, mosaïste renommé qui sera appelé par Charles Garnier pour réaliser les mosaïques de l’Opéra de Paris (*voir encadré pour + d’infos).
Ils apprennent le métier sur les chantiers, souvent à Venise, parfois à l’étranger.
Les frères Patrizio : Ettore, Camillo et Dante vont suivre ce chemin tout tracé. Dante sera un temps apprenti chez Facchina. Ettore, venu dans le midi de la France sur les chantiers de l’entreprise Mora, va s’installer à Marseille et fonder l’entreprise en 1903, bientôt rejoint par ses frères.
L’engouement pour les décors en mosaïque, le mouvement Art Déco, vont contribuer à l’essor de l’entreprise familiale qui voit affluer les commandes.



De 1903 à 1940 l’entreprise est prospère et compte jusqu’à 12 ouvriers. Les Patrizio décorent de nombreux édifices publics, privés ou religieux de Marseille dont les plus significatifs sont l’Opéra, le Consulat d’Italie, la sacristie de ND de la Garde, le siège de la Compagnie Maritime, le bar de la Samaritaine…et tant d’autres.


En 1955, les fils d’Ettore, Joseph et Romain, reprennent l’entreprise familiale. Ils réalisent des mosaïques pour des établissements religieux de la ville de Marseille : la basilique du Sacré Cœur et Notre Dame de la Garde ainsi qu’une activité soutenue dans les chantiers navals de la région.
En 1971, Michel, fils de Joseph, relance l’activité de la mosaïque décorative en se spécialisant dans les décors des piscines de yachts de luxe. En 1979 il est lauréat du concours des MOF (meilleurs ouvriers de France) section mosaïque.


Le bâtiment offre de nouvelles perspectives et Michel multiplie les commandes en France et à l’étranger dans divers édifices, villas, palais, mairies, musées…



Pendant 20 ans, de 1998 à 2018, il créera, pour l’enseigne de cosmétiques l’Occitanne, 1980 panneaux en mosaïque de marbre, installés dans chaque boutique de la marque à travers le monde. A raison d’un panneau par semaine, Il donnera ainsi l’opportunité d’un complément de revenu à de jeunes mosaïstes pendant des années.

Il participe activement au développement de la mosaïque en organisant des expositions sur ce thème avec la Maison de l’Artisanat et des Métiers d’Art en 1997 et 2005 avec la participation de l’école de mosaïque de Spilimbergo (scuola mosaicisti del Friuli).
En 2003, il se lance dans le chantier de restauration des mosaïques des chapelles de la Basilique du Rosaire à Lourdes, puis viendront celles de la Basilique Notre Dame de la Garde à Marseille de 2006 à 2008 et en 2012 celle de la Basilique de Fourvière à Lyon.



L’entreprise Patrizio est désormais labellisée Entreprise Patrimoine Vivant. En 2016 Michel réalise la restauration de l’emblématique immeuble « Poirier » de Odorico à Rennes.
A partir des années 2000, les filles de Michel, Céline et Marjorie vont rejoindre l’atelier familial.
La première, après des études d’Arts Plastiques et d’Architecture d’Intérieur va très vite travailler avec son père. La seconde est arrivée avec son diplôme de photographe professionnelle sur le chantier de restauration de Notre Dame de la Garde pour immortaliser les étapes successives des travaux….Elle aussi tombe dans la marmite familiale !
Elles représentent la 4ème génération en perpétuant et modernisant la tradition avec des créations très contemporaines pour des applications architecturales.



Céline a installé son atelier ORAMOSAIQUES en Ariège, à Massat, où elle s’inspire de la nature environnante et de la beauté du vivant pour réaliser ses décors sensibles et minutieux.
Marjorie, restée dans la région provençale, travaille avec Michel, qui a toujours son atelier fondé par son grand-père à Marseille au 16 boulevard Verd en 1955. Ensemble, ils réalisent des projets architecturaux et des restaurations de Patrimoine. Marjorie y met sa touche personnelle et féminine tout en harmonie.
Avec sérénité, Michel passe doucement le flambeau, le témoin d’un Savoir-Faire familial et ancestral, toujours vivant et tellement fascinant.


Du TAC au TAC :
Michel, quel est le projet ou la mosaïque dont tu es le plus fier ?

Tous les projets ont contribué à renforcer mon expertise mais le plus emblématique et le plus fastueux est la création d’une mosaïque pour la piscine du yacht du Roi Fadh d’Arabie Saoudite !
Quelle est ton matériau de prédilection ?
Sans hésiter les smalti. Pour la richesse de leurs couleurs, leur luminosité, leur brillance. Chaque fabricant a ses spécificités et je les utilise en fonction des effets recherchés. Mes préférés : Orsoni à Venise, Donna à Murano, Morassuti à Sequals et Albertini à Paris. J’aime particulièrement travailler les rouges, les orangés et les ors.
Quelles sont les qualités spécifiques d’un mosaïste restaurateur de Patrimoine ?
C’est un métier très exigeant. Il faut être techniquement parfait, très qualifié car en restauration, on n’a pas le droit à l’erreur.
As-tu des souvenirs marquants ?
J’en ai 3, pour des raisons différentes :
- Le premier, c’est un projet de mosaïque de piscine sur un yacht à Athènes. C’était mon 1er voyage à l’étranger.
- Le deuxième, c’est ma première grande restauration : les 15 chapelles de la basilique du Rosaire à Lourdes.
- Le troisième, c’était aussi une grande première pour moi : j’ai dû m’improviser cordiste et grimper encordé à 30 mètres de hauteur sous la coupole de Notre Dame de la Garde pour évaluer les dégâts sur les mosaïques….et là-haut je n’étais pas très fier !

Je remercie chaleureusement Michel de m’avoir accordé de son précieux temps pour me raconter l’histoire familiale et s’être prêté au jeu des questions. Merci également à Céline et Marjorie pour le crédit photos
Pour en apprendre plus et découvrir les œuvres de la famille Patrizio
mosaiques-patrizio.com et oramosaiques.fr
+ d’infos
*Ce grand mosaïste a créé la première école de mosaïque, célèbre école déplacée en 1922 à Spilimbergo qui forme encore chaque année de nombreux étudiants.
Il est aussi l’inventeur de la technique de pose indirecte qui permet une préfabrication des mosaïques en atelier et qui facilite le travail des mosaïstes.
Dans cette technique par inversion, les tesselles de la mosaïque sont pré-assemblées et collées à l’envers sur un carton souple ; le mur destiné à accueillir la mosaïque est alors recouvert de mortier frais et la mosaïque déposée en une seule fois, ce qui réduit le temps de travail sur place et permet une réduction considérable des coûts de production. Cette technique rencontre un grand succès lors de l’Exposition universelle de 1855 et se répand rapidement. Elle permet à Facchina d’obtenir de nombreuses commandes, entre autres, le nouvel opéra construit par Charles Garnier.


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