zoom 6 : Made In Mosaic

Made in Mosaic : La passion de la tesselle, le service de la création

À Saumur, Made in Mosaic s’est imposé comme l’escale incontournable de tous les amoureux de la matière. Avec plus de 5 000 références, cette équipe de passionnés ne se contente pas de fournir des outils et des couleurs : elle tisse un lien quotidien entre le geste de l’artisan et la richesse des matériaux. Rencontre avec un partenaire de confiance qui, de l’initiation au projet d’envergure, œuvre chaque jour pour faire rayonner la mosaïque contemporaine.

Ancrage et histoire :

Made in Mosaic est aujourd’hui un acteur incontournable. Pouvez-vous nous raconter l’origine de cette aventure à Saumur et ce qui anime votre équipe au quotidien ? Comment passe-t-on du statut de fournisseur de matériaux à celui de partenaire privilégié des artistes mosaïstes ?

Nous sommes d’origine chartraine et aussi de la famille en Anjou. Petits, nous allions souvent visiter la maison Picassiette où la veuve de Monsieur Isidore nous permettait de découvrir les merveilles de mosaïques d’assiettes. Comme Chartrains, nous allions aussi souvent nous remplir de lumières colorées à la Notre-Dame, comme nous disions. Cet univers de couleurs, mosaïques et vitraux était pour nous naturel. Il a fallu se rendre compte, par des études universitaires hors de notre région, que nous avions eu de la chance d’avoir pu admirer des œuvres historiques et d’art brut librement accessibles (ce qui n’est pas le cas partout en France, où l’art est souvent réservé aux élites).

Suite à des postes de travail dont nous ne trouvions pas un épanouissement satisfaisant, j’ai fait une formation qualifiante dans le domaine de la mosaïque grâce à ce qui s’appelait la Société d’encouragement des Métiers d’art (SEMA) dans un atelier en Anjou. Puis un CAP métiers du verre (option vitrail) à Chartres et au Centre international du vitrail.

Suite à ce double cursus, j’ai créé en 2004 Made in Mosaic, puis mon frère m’a rejoint dans cette aventure.

Comment passe-t-on du statut de fournisseur de matériaux à celui de partenaire privilégié des artistes mosaïstes ?

Pourquoi créer une boutique-atelier ? Les motivations ont naturellement évolué vers du commerce car, en faisant des salons artisanaux ou salons de l’habitat, les clients potentiels me demandaient où trouver ces belles matières. De plus, pour amortir le coût des salons : les clients achetant des pièces uniques sont plus rares et demandaient plus de réflexion dans le temps (d’où la recherche de complément de revenus en restant cohérent professionnellement)

Au fil des années, nous avons tissé avec les fabricants des liens forts et beaucoup de manufactures ont compris que le développement de leur marché ne pouvait se faire uniquement avec des grandes surfaces comme Leroy Merlin, Castorama ou Point P. (Toute comparaison avec l’alimentaire serait pure coïncidence sur le poids des grandes surfaces qui ne permettent pas le développement de certains producteurs).

Ce parcours d’achat-revente ne se fait pas sans mal (locaux pour le stock, choix financiers, pas de vacances pour assurer les factures ; bref, le charme de l’entrepreneuriat).

À cela, le développement d’Internet que nous avons pris en route dès 2004 en faisant une petite boutique modeste qui montrait aussi les créations des clients et des tutoriels pour réussir sa mosaïque.

La vision du marché et de la matière :

Avec plus de 5 000 références, vous avez une vue d’ensemble unique sur la discipline. Comment avez-vous vu évoluer les pratiques de la mosaïque (matériaux, outils, styles) ces dernières années ?

Nous avons maintenant un réseau fort d’architectes, d’artisans et d’associations qui trouvent leur bonheur dans notre boutique physique et sur le site. C’est un challenge remis en cause tout le temps où on allie vente au mètre carré et vente au détail. Il y a le coût des matières premières ou comme l’absence des émaux de Briare, des stratégies pour proposer des alternatives positives et de qualité par exemple avec les émaux Hisbalit Mosaico (fabrication espagnole près de Santander dans le nord-ouest de l’Espagne). Beaucoup de clients sont routiniers et ont souvent peur des nouveautés, c’est donc une argumentation par l’exemple et à long terme qui permet d’être crédible. Il en va de même par exemple pour les tesselles d’or (le cours de l’or étant au plus haut, il est difficile de proposer des matières aussi onéreuses), par contre il existe des alternatives avec des tesselles dorées qui ont des éclats proches. Un mot : l’innovation, l’innovation et la proposition à des prix raisonnables.

La mosaïque est un art “matière” qui peut être coûteux. En tant que fournisseur, comment essayez-vous de rendre cette discipline accessible sans sacrifier la qualité des matériaux (émaux, or, marbre) ?

À notre échelle, nous avons deux clientèles :

1- Ceux qui ont des projets d’habitat et décoration de commerce comme des restaurants ou hôtels. L’engouement pour la mosaïque et le vitrail est réel depuis plus de 20 ans. Cela s’explique par la demande plus importante de personnalisation de son commerce ou de son quotidien (le souhait de se démarquer par son intérieur, par sa mosaïque dans sa cuisine ou mosaïque de salle de bain au décor et aux couleurs uniques). L’effet Pinterest est indéniable, les gens s’inspirent de créations à identités uniques.

2- Ceux qui ont des projets créatifs ou en loisirs créatifs qui sont dans l’attente d’un large choix de couleurs et de matières. Dans ce groupe, il y a les créatifs qui s’adaptent aux produits proposés et ceux qui copient des modèles ou s’en inspirent largement et qui ont besoin d’assistance (parfois leurs demandes sont chronophages et nous les orientons souvent vers des personnes qui donnent des cours de mosaïque pour les aider à réaliser leurs projets complexes).

Pour les matériaux, nous privilégions beaucoup les émaux de verre Hisbalit qui proposent un large choix de couleurs pleine masse faciles à couper sur la tranche comme des smalts, ou bien dans la réalisation d’une belle table ou d’un sol de salle de bain. Depuis quelques années, nous élargissons la gamme avec des plaques de verre vitrail dites américaines dont les plaques de couleurs opaques ou translucides permettent des effets graphiques plus grands et de ne pas forcément voir la mosaïque comme un morcellement de carrés coupés en 16.

Transmission et services :

Au-delà de la vente, vous proposez des tutoriels et un accompagnement technique. Considérez-vous que le rôle d’un fournisseur majeur est aussi de participer à la transmission du savoir-faire ?

Sur le site internet www.made-in-mosaic.fr, nous avons mis des tutoriels pour répondre aux projets d’habitat comme par exemple la couleur de la mosaïque en fonction de la couleur souhaitée pour l’eau de la piscine, mais aussi des harmonies colorées pour les loisirs créatifs.

Nous essayons d’apporter des réponses uniques à chaque projet même si cela a tendance à être de plus en plus chronophage. Répondre à des projets sur mesure demande du temps et nous ne sommes pas une multinationale (certains clients pensent appeler une centrale d’appel Amazon avec les travers que l’on connaît où le client pense être un petit roi…).

Le fait de faire une boutique unique pour la mosaïque est un parti pris pour valoriser tous les aspects de la mosaïque ; mais nous vivons dans un monde fini où l’abondance n’existe pas. Souvent, certains clients, soit ils se sentent débordés par l’offre, ou bien sont dans l’insatisfaction permanente. Ce sont les joies du commerce et de la vie en général : gérer les attentes de chacun avec écoute et la pose de ce qui peut être fait

L’engagement et le rayonnement

Vous avez été les premiers à adhérer au site de l’ARMO. Pourquoi était ce important pour vous de soutenir une association qui œuvre pour le rayonnement de la mosaïque ?

Nous croyons en la force des énergies complémentaires. Comme nous croyons qu’il est sain d’avoir des concurrents, mais aussi des partenaires pour la promotion de la mosaïque. Plus on parle de mosaïque dans toutes ses diversités, plus elle paraîtra normale au quotidien de chacun. Cette remarque rejoint notre premier propos sur l’origine de Made in Mosaic : la mosaïque, comme le vitrail, fait partie de notre histoire personnelle et, comme une rencontre avec des amis ou de la famille, nous avons envie de partager cette passion, d’en faire un moment ensemble

Selon vous, que manque-t-il aujourd’hui à la mosaïque contemporaine pour être pleinement reconnue au même titre que la peinture ou la sculpture ?

Certains veulent cloisonner la mosaïque comme un “sous-art”, transcription graphique des Beaux-Arts. Je pense que notre époque n’est plus aux différents cloisonnements des arts. Tout est dans tout, l’art brut comme l’art académique. Les querelles de chapelles ne servent que ceux qui veulent en parler. La mosaïque a une vie en soi et n’a pas besoin d’argument pour émouvoir le regard.

Le mot de la fin

Un immense merci à l’équipe de Made in Mosaic pour ce témoignage passionnant, qui nous rappelle que derrière chaque tesselle se cache une histoire d’engagement et de transmission. De la maison Picassiette aux rives de l’Anjou, Edouard et David Clémenceau ont su transformer une passion d’enfance en un moteur pour toute notre communauté, prouvant que la mosaïque est un art vivant, accessible et résolument collectif.

Toute l’équipe de l’ARMO les remercie du fond du cœur pour leur soutien de la première heure. Ce dialogue entre le fournisseur et l’artiste est le socle sur lequel nous bâtissons ensemble la reconnaissance de notre métier. Une lecture inspirante qui, nous l’espérons, vous donnera l’envie de continuer à explorer, à créer et à faire rayonner la matière sous toutes ses formes !


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