Zoom 5 : Estelle Apparu

Estelle Apparu, le chaos maîtrisé

ARMO poursuit son exploration des talents qui composent notre communauté. Aujourd’hui, nous vous emmenons à Villeurbanne, dans l’univers d’Estelle Apparu. Entre équilibre et mouvement, elle a façonné un style qui lui est propre : la mosaïque déstructurée.

Dans le monde de la mosaïque contemporaine, certain·es artiste·s réinterprètent les règles et repoussent les limites du matériau. Estelle Apparu fait partie de ceux·celles qui explorent autrement. Formée auprès d’un Meilleur Ouvrier de France, elle a développé une approche singulière où la pierre n’est plus seulement une tesselle, mais une ode à la matière brute. Attirée depuis très jeune par les minéraux, elle transmet aujourd’hui son savoir-faire avec une bienveillance et une générosité qui marquent tou·tes ceux·celles qui croisent sa route

Le premier contact,  entre matière et déclic

Estelle, ton attirance pour les minéraux ne date pas d’hier, mais quel a été ton véritable premier déclic avec la mosaïque ? Est-ce une matière particulière, une rencontre ou un voyage qui t’a fait passer de l’observation à la création artistique ?

 Je ne peux pas vraiment parler de déclic. Je crois que toute ma vie a été jalonnée de minéraux de pierre, de tesselles. Je ne connaissais simplement pas le métier de mosaïste qui me permet d’allier ma passion à mon travail.. D’ailleurs, peut-on vraiment parler de travail quand on fait ce qu’on aime chaque jour..?

Ton univers : L’art de la déstructuration

Tu as développé une approche singulière que tu nommes « mosaïque déstructurée ». Comment définirais-tu ce style ? S’agit-il pour toi de libérer la matière de la rigueur traditionnelle pour laisser place à un chaos maîtrisé, entre équilibre et mouvement ?

La mosaïque déstructurée m’est venue d’abord par l’envie de m’affranchir de la tesselle cubique. J’affectionne particulièrement les mosaïstes qui choisissent de créer leurs propres langages. Dans mon travail, je recherche les effets de texture et de matière plus que des associations de couleurs ou de lignes… Je me sens libre. Avec la mosaïque déstructurée. J’aime explorer, cheminer, expérimenter chaque éclat, son aspérité, sa forme, sa douceur.

L’indispensable : Ton dialogue avec l’outil

Dans ton travail de déstructuration, l’outil n’est pas qu’un moyen de coupe, il devient un complice pour sculpter le relief. Quel est l’outil (ou le geste) qui te permet justement de bousculer la matière pour obtenir ces textures si particulières ?

L’outil indispensable à ce dialogue et ma marteline. La même depuis des années que je chéris. Elle est plus que ma complice. Elle fait corps avec mes bras et ma main et me plonge dans une concentration telle qu’elle s’apparente à de la méditation.

Ton défi : La fierté du geste

Chaque pièce est une exploration. Quelle est la création ou le projet dont tu es la plus fière aujourd’hui ? Celui qui, selon toi, incarne le mieux cette « ode à la matière brute » que tu poursuis ?

Chaque nouvelle œuvre est une naissance. Tout ce que j’ai pu réaliser jusqu’à maintenant a contribué à construire mon travail d’aujourd’hui. Si je devais choisir une œuvre en particulier, ce serait difficile. Beaucoup me viennent en tête. Soleil noir, minéralité, les jumeaux… Mais celle qui me procure le plus de fierté, ce sont les fresques collaboratives qui m’ont tant enrichie dans mon cœur.

Horizons : Tes projets et expositions à venir 

Ton travail voyage et évolue sans cesse. Quels sont tes prochains défis artistiques ou les lieux où nous pourrons avoir le plaisir d’admirer tes œuvres prochainement ? As-tu une actualité ou une exposition que tu aimerais partager avec la communauté de l’ARMO ?

 Chaque exposition, salon, marché etc, est un nouveau défi en soi. Prochainement, je serai exposante au Printemps des docks pour un salon du bijou. J’aurai aussi la joie cette année encore d’exposer avec l’association Regain au Palais Bondy à Lyon, et puis pas mal d’autres évènements. Je travaille en parallèle sur une exposition personnelle qui aura lieu à la jolie galerie Imag’in à la Croix Rousse, à Lyon, en septembre 2027.

 La vision ARMO : Faire collectif

Au-delà de ton talent, tu es reconnue pour ta générosité et ton écoute. Pour une professionnelle comme toi, que représente l’importance d’un réseau comme l’ARMO aujourd’hui ?

J’ai choisi de rejoindre ARMO parce que je suis en adéquation avec le fait que l’art de la mosaïque est invisibilisé en France. Souvent, il n’apparaît même pas dans les propositions de métiers pour les salons. Il est important de nous tenir la main et de faire converger nos efforts de manière collective. Créer un réseau fort dédié à la mosaïque, c’est lui donner plus de voix. Et ainsi, nous permettre de la porter et de la… Et de la faire enfin reconnaître comme art majeur.

Le conseil : Oser le premier éclat

 L’ARMO regroupe des passionné·es de tous niveaux. Quel serait ton petit mot ou ton astuce pour un·e débutant·e qui admire ton travail mais qui n’ose pas encore se lancer dans l’aventure de la mosaïque ?

 Je conseille à toutes doser de ne pas se limiter. Je fais toujours choisir à mes élèves des projets qui les animent, qui leur donnent envie d’explorer leurs créativités.

Le Tac au Tac d’Estelle

Matière brute ou éclat poli ?

Matière brute

Le silence de l’atelier ou le partage de la transmission ?

Un juste équilibre entre les 2.

L’ombre qui souligne ou la lumière qui révèle ?

L’ombre qui souligne la lumière

Ta pierre préférée à travailler ?

Le noir de Belgique

Le plus beau compliment qu’on puisse faire à l’une de tes œuvres ?

Le plus beau compliment est de voir l’émotion des visiteurs qui parfois versent des larmes. Des moments gravés dans mon cœur et ma tête.

Le mot de la fin

Un immense merci à Estelle Apparu pour nous avoir ouvert les portes de son univers avec une authenticité. À travers sa quête de la “mosaïque déstructurée” et son dialogue presque méditatif avec la marteline, elle nous rappelle que l’art naît souvent là où l’on accepte de bousculer les codes pour laisser parler la matière brute.

Toute l’équipe de l’ARMO la remercie chaleureusement pour ce partage empreint de bienveillance, qui place l’émotion et le collectif au cœur de la création. Une rencontre lumineuse qui, nous l’espérons, vous aura donné l’envie d’oser, de cheminer et de trouver, vous aussi, votre propre langage dans l’éclat de la pierre !


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