Zoom 4 : La société Albertini

La société Albertini, par Chrystèle Albertini

Aujourd’hui, nous vous emmenons en région parisienne à Montigny les Cormeilles, pour vous faire découvrir la société Albertini, un des derniers fabricants de verre artisanal en France.

L’histoire et l’entreprise

Chrystèle, tu représentes aujourd’hui la troisième génération de la maison Albertini. La fabrication reste artisanale et l’entreprise est toujours familiale. Peux-tu nous en dire un peu plus sur votre histoire et sur le fonctionnement de l’atelier aujourd’hui ?

Mon grand-père, Jules Albertini, originaire de Murano en Italie, a fui le fascisme et est venu en France en 1925. Il a apporté avec lui les formules de fabrication du verre et des couleurs.
Depuis, l’atelier est installé à Montigny-lès-Cormeilles et continue de fabriquer du verre opaque et transparent pour les mosaïques et les vitraux.

C’est grâce au chantier de la Basilique de Lisieux, avec la fabrication de la pâte de verre pour plus de 6000 m² de mosaïques recouvrant les murs intérieurs et la crypte , que l’atelier a pu s’implanter et se développer.Mes parents ont ensuite pris la suite de mes grands-parents et, depuis quelques années, nous travaillons en famille avec mon frère. Nos parents sont toujours présents, bien qu’ils soient à la retraite depuis longtemps. Pendant les périodes de fabrication du verre, nous travaillons aussi avec un employé, Julien.

La fabrication des matériaux

Qu’est-ce qui distingue les émaux Albertini des autres pâtes de verre ?Comment se déroule la fabrication des émaux, galettes, dalles dans l’atelier ?

Les émaux Albertini restent entièrement artisanaux : tout est fait à la main, sans aucune mécanisation.
Le verre est teinté dans la masse, ce qui lui donne une profondeur et une lumière différentes de celles que l’on trouve ailleurs.
Nous partons de sable de silice, auquel nous ajoutons des fondants, des colorants… (secret de fabrication). La composition est cuite à 1500°C pendant 19 heures dans un four. Nous produisons environ 300 kilos de verre par jour, pendant trois à quatre mois.Une fois le verre cuit, nous le travaillons de différentes façons selon le rendu souhaité : pressé, moulé ou laminé.

Nous fabriquons plusieurs types de produits :
Des plaquettes de 8 x 8 cm (5 mm d’épaisseur), pressées à chaud avec une presse datant de l’époque de mon grand-père. Elles forment une plaque de quatre carrés, ensuite recoupée à froid pour les séparer et enlever les bords arrondis. Les chutes sont aussi très appréciées des mosaïstes, ou refondues par la suite.
Des galettes d’environ 1 cm d’épaisseur, de 10 à 30 cm de diamètre, coulées directement sur le marbre lorsque le verre est en fusion.
Des dalles de 2 cm d’épaisseur (20 x 30 cm), principalement transparentes pour les vitraux au ciment ou à la résine, mais aussi en opaque pour les mosaïstes. Elles sont coulées dans des moules métalliques.
Des objets de formes variées (étoiles, cœurs, chats, ronds…), réalisés dans des moules spécifiques.

Après cette étape, le verre est remis dans un four de recuisson à 500°C pendant cinq jours, jusqu’à retour à température ambiante. Ce processus est essentiel avant le stockage et la vente. 

Les couleurs

Qu’est-ce qui distingue les émaux Albertini des autres pâtes de verre ?Comment se déroule la fabrication des émaux, galettes, dalles dans l’atelier ?

Les couleurs sont obtenues grâce à un mélange de sable, de produits chimiques et d’oxydes métalliques (six ou sept au maximum), selon des formules transmises depuis mon grand-père.
Certaines couleurs nécessitent seulement quelques grammes de colorants pour 300 kilos de verre, tandis que d’autres demandent des mélanges complexes de cinq ou six composants, permettant de créer une infinité de nuances très subtiles.

La cuisson joue un rôle déterminant : selon la température, une même composition peut donner des résultats très différents. Les gris et les marrons, par exemple, varient énormément.Pour nous, les roses et les fuchsias sont particulièrement difficiles à obtenir, car ils sont réalisés à partir d’or.

Spilimbergo _ Fabrique de Mario Dona

Patrimoine et avenir

Les émaux Albertini sont utilisés pour la restauration. Peux-tu nous parler du dernier projet que tu as réalisé ou celui qui te paraît le plus emblématique de votre travail?

La Basilique de Lisieux reste le chantier le plus emblématique : c’est celui qui a permis à mon grand-père de fonder l’atelier il y a maintenant près de 100 ans.
Plus récemment, nous avons fabriqué plusieurs tonnes de dalles de verre opaques « vert de gris » pour la restauration des bains de Strasbourg, datant de 1825. Il a fallu reproduire exactement la couleur existante : plusieurs coulées de 300 kilos ont été nécessaires pour atteindre le bon résultat, d’autant plus que cette teinte est particulièrement complexe à obtenir.

Cette année, nous avons notamment produit des dalles pour les ateliers Loire, destinées à des vitraux pour une église en Afrique.Nous avons également fabriqué environ 10 000 petits bâtonnets transparents pour les luminaires Perzel, utilisés dans des plafonniers et appliques — des modèles inchangés depuis plus de 60 ans.Nous réalisons aussi des plaquettes sur commande pour des restaurations de mosaïques des ateliers « L’Œuf » des années 1960, un peu partout en France.
Nos verres sont utilisés dans des contextes très variés : par des mosaïstes, architectes, décorateurs, pour des salles de bains, des sols, des façades ou des œuvres artistiques.

Vous êtes les derniers verriers artisanaux en France aujourd’hui, comment vois-tu l’avenir de ce savoir-faire ?

Il faut savoir créer de nouvelles couleurs, s’adapter aux tendances et aux demandes spécifiques, notamment pour des formes particulières.
L’enjeu est de continuer à évoluer tout en travaillant avec nos fours ancestraux, en explorant aussi de nouvelles techniques.

Il faut également réussir à maintenir des tarifs abordables malgré l’augmentation des coûts (énergie, matières premières…), afin que les mosaïstes — qu’ils soient débutants ou confirmés — puissent continuer à travailler avec nos matériaux sans se ruiner…

Question à la fabricante et à la mosaïste

Tu es à la fois fabricante de verre et mosaïste. En quoi le fait de pratiquer la mosaïque influence-t-il ta manière de fabriquer le verre ?

Dans certaines mosaïques, je travaille en me disant qu’il manque un dégradé ou une couleur qui pourrait réhausser le tout. Si c’est possible pendant les périodes de fabrication j’essaye de les réaliser.

J’utilise aussi des formes plissées, laminées que nous travaillons à chaud et que j’intègre à mes mosaïques.Quand nous fabriquons des couleurs, très souvent à la fin des coulées nous rajoutons des colorants pour qu’il y ait des taches, des veines, des variations dans le verre que j’utiliserai dans des mosaïques avenir. Très souvent à la sortie du four de recuisson, je mets de côté des plaques ou galettes qui me plaisent sans trop savoir ce que j’en ferai mais je sais que ça me servira un jour !

Du tac au tac

Une couleur difficile à travailler dans le verre 

Certain rouges, oranges, jaunes car la composition du verre est différente des autres et plus dure, plus épais.

Une utilisation du verre Albertini qui t’a surprise 

Il est utilisé de tellement de façons, du bijou très minutieux jusqu’aux façades d’immeubles, qu’il est difficile de citer un exemple en particulier.

Pince ou marteline pour travailler vos matériaux ? 

Les deux bien sûr, selon le travail à réaliser, je me sers des deux sans préférence, chacune son rôle.

Un(e) artiste mosaïste qui utilise vos matériaux et qui t’inspire 

Verdiano Marzi, que j’ai toujours vu à l’atelier depuis mon enfance. Son travail m’a donné envie de faire de la mosaïque et continue de m’inspirer.

Quel conseil donnerais-tu à une personne mosaiste qui découvre vos matériaux ?

Avoir le matériel adéquate et se laisser aller à son inspiration. Les bons outils et une belle matière et le tour est joué…

Un petit mot pour les mosaïstes qui n’utilisent pas encore de verre Albertini 

Ils ne savent pas ce qu’ils manquent…Profondeur dans la couleur, variation dans la texture, lumière et transparence que nous ne trouvons pas ailleurs.

Le mot de la fin

Un grand merci à la famille Albertini et à Chrystèle tout particulièrement de s’être prêtée à l’exercice de cette interview. Nous en savons plus grâce à elle sur cet art de la verrerie artisanale avec des matériaux utilisés autant dans la restauration que dans la création en mosaïque.

Toute la famille vous accueille du mardi au samedi et on en ressort avec des couleurs plein les yeux !
https://societe-albertini.fr

Crédits photos Gaston
Crédits photo Gaston

Une réponse à “Zoom 4 : La société Albertini”
  1. Charlotte Bartkowiak

    Cool, je n’ai encore jamais eu l’occasion de visiter.

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