Transmission, technique et passion : si les stages de mosaïque sont par essence des lieux d’apprentissage et de transmission du savoir-faire, ils forment aussi le terrain privilégié d’échanges fructueux et de partages réciproques. C’est précisément au détour de l’un de ces moments d’atelier, grâce au regard passionné d’une des stagiaires, que j’ai découvert l’univers étincelant de Josie Martin. Une belle découverte qui rappelle combien la pédagogie est une aventure à double sens, nourrie par la curiosité et le coup de cœur partagé.
Dans le paysage de la mosaïque contemporaine internationale, les réalisations de cette artiste dépassent la simple démarche plastique pour devenir de véritables espaces de vie. The Giant’s House, située à Akaroa sur la péninsule de Banks en Nouvelle-Zélande, appartient à cette catégorie d’œuvres totales. Imaginé, façonné et entretenu par Josie Martin, ce jardin de sculptures en pique-assiette constitue une référence majeure dans l’art environnemental et la création hors-norme.



1. La genèse : de la fouille archéologique à l’acte créateur
L’aventure commence à la fin des années 1990. Josie Martin, formée aux Beaux-Arts (diplômée d’un Bachelor of Fine Arts à l’Université de Canterbury), s’installe dans une demeure victorienne construite en 1880, perchée sur les hauteurs du port d’Akaroa. La maison, imposante et théâtrale, insuffle le nom du domaine : la « Maison du Géant ».
C’est en bêchant la terre rocailleuse du jardin que l’artiste met au jour des fragments de vaisselle cassée, des morceaux de porcelaine victorienne, de céramiques anglaises et de tuiles disparues. Intriguée par la mémoire contenue dans ces tessons, Josie Martin décide de ne pas les jeter :
- Elle crée d’abord une petite marche en mosaïque pour relier son atelier au jardin.
- L’expérience agit comme un déclic : la juxtaposition des couleurs, la réfraction de la lumière sur les glaçures et l’opportunité de l’assemblage libèrent un langage plastique nouveau.
- Le projet s’étend progressivement aux contreforts, aux terrasses, puis à l’ensemble du terrain en pente.

2. Un langage plastique fondé sur le pique-assiette et l’assemblage
Si la technique du pique-assiette (picassiette) est historiquement associée aux environnements bruts comme le Jardin Rosa Mir à Lyon ou la Maison Picassiette à Chartres, Josie Martin y apporte une rigueur académique et une liberté chromatique rares.
- Matériaux et collecte : L’artiste associe vaisselle chinoise, assiettes peintes à la main, carreaux de céramique industrielle, miroirs, billes de verre et coquillages locaux (notamment l’ormeau néo-zélandais ou pāua aux reflets irisés).
- Composition et dessin : Loin du simple collage aléatoire, chaque sculpture est le fruit d’un tracé précis. Josie Martin utilise les motifs originaux des pièces de vaisselle (fleurs, frises, personnages) pour dessiner les détails d’un visage, l’ondulation d’un vêtement ou le plumage d’un oiseau.
- Tessellation et relief : Les joints ne sont pas seulement structurels ; ils participent à la ligne de force du dessin. L’épaisseur variable des pièces crée une texture tactile qui invite au toucher.



3. L’alliance de l’ossature, du végétal et de la lumière
Sous les arabesques de porcelaine et la profusion végétale bat un cœur de béton armé. C’est sur cette armature invisible mais essentielle que Josie Martin fait se rencontrer deux mondes que tout semble opposer :
- Le règne du vivant : La douceur organique des roses anciennes, la structure vive des agaves et le tracé strict des buis s’entrelacent autour des sculptures. Le feuillage n’est pas un simple décor : il projette ses ombres changeantes sur les surfaces mosaïquées au fil des heures.
- La poésie du minéral : Face au végétal, la mosaïque répond par l’éclat de la vaisselle brisée, la lumière vive des verres teintés et le miroitement des porcelaines. Les miroirs enchâssés captent le vert de la nature pour le réfracter en mille éclats, créant une symphonie visuelle en perpétuel mouvement.



4. Une démarche artistique internationale
Membre active de la scène artistique, Josie Martin a fait de sa propriété un lieu de résidence, d’exposition et d’accueil pour les amateurs d’art du monde entier. The Giant’s House est classée comme Jardin d’Intérêt International par le New Zealand Gardens Trust.
Pour les membres de l’ARMO, le travail de Josie Martin offre une réflexion stimulante sur plusieurs aspects de notre discipline :
- La pérennité des structures en béton armé soumises aux intempéries et au climat marin.
- L’utilisation du recyclage et de l’upcycling comme moteur poétique.
- Le passage de la mosaïque bidimensionnelle (muralisme) à la sculpture monumentale immersive.



D’autres créations de cette artiste aux mutliples talents






Pour aller plus loin :
https://www.facebook.com/thegiantshouse
https://www.thegiantshouse.co.nz
https://www.instagram.com/thegiantshouse/?hl=fr

En conclusion
The Giant’s House incarne à merveille la magie de la mosaïque : cette capacité unique à réenchanter le quotidien en transformant des fragments brisés en une œuvre poétique et monumentale. La démarche de Josie Martin nous rappelle que notre discipline ne se limite pas à une technique, mais constitue un véritable moyen d’habiller l’espace et de faire dialoguer la matière avec la nature.
Ce coup de cœur partagé au sein de mon atelier prouve une fois de plus que les échanges humains sont le plus beau moteur de notre créativité.
Et vous, connaissiez-vous le travail de Josie Martin ou d’autres jardins extraordinaires en pique-assiette ? Avez-vous déjà intégré des éléments de récupération ou des végétaux au cœur de vos propres mosaïques ? Partagez vos découvertes et vos impressions dans les commentaires ci-dessous !
Un grand merci à Emmanuelle pour cette belle découverte !!!!
Crédits photos : Hugh Marshall, Gloria Wong, Nick Schiefer, Josie Martin, Nic Barlow, Ferdinand Graf Von Luckner, Mark Rayner, Simon Jay, Yao Zhang

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