La mémoire du geste et le cœur du réseau
Dans le monde de la mosaïque, le nom de Michelle Munnier est synonyme de partage. Si elle ne parcourt plus autant qu’elle le voudrait les salles d’exposition, elle reste l’une des observatrices les plus fines de notre art. Entre ses recherches personnelles pour dénicher de nouveaux talents et les photos que les mosaïstes lui envoient lors de leurs visites d’expositions, Michelle réalise un véritable travail de fourmi pour documenter l’actualité. Grâce à ses vidéos sur YouTube et ses publications sur Facebook, elle nous offre le privilège de suivre les vernissages et de découvrir des artistes du monde entier, sans quitter notre atelier. Pour l’ARMO, elle revient sur cette passion qui l’occupe chaque jour et nous ouvre son propre jardin secret, tout en finesse et en pâte de verre colorée.
Aux origines : La rencontre décisive avec la mosaïque.
Michelle, avant de devenir cette référence que nous consultons tous sur les réseaux, tu es avant tout une passionnée de la pince et de la mosaïque. Te souviens-tu du moment précis ou de l’œuvre qui t’a fait « tomber dans la marmite » de la mosaïque ?
Après avoir bénéficié d’une retraite anticipée en 2008, je me suis rendue dans un club de Loisirs Créatifs afin de voir si une des activités proposées pouvait me convenir et surtout m’occuper.
C’est là que j’ai vu une dame utiliser une drôle de pince pour découper des émaux afin de réaliser un dessous de plat. J’ai essayé et ça m’a plu.
Curieuse, j’ai fait des recherches sur Internet, dans un premier temps c’était pour avoir des modèles, puis je me suis rendue compte que la mosaïque ne s’arrêtait pas à décorer des plateaux et des dessous de plat, ce fut une révélation quand j’ai découvert la Mosaïque Contemporaine et les oeuvres réalisées par des artistes : finalement j’y ai découvert un Art !
J’ai beaucoup observé, avec l’aide des réseaux sociaux, j’ai fait des connaissances, nous avons échangé, j’ai pu admirer les expos etc…. A partir de là, je n’ai plus arrêté, j’ai bien ramé parfois, mais sans jamais me décourager, comme tu le dis : « j’étais tombée dans la marmite »
Tu es autodidacte et tu travailles essentiellement à la pince. Quels sont tes plus grands défis pour dompter la pâte de verre et affirmer ta propre signature dans le figuratif ?
J’aime particulièrement les œuvres très colorées, donc à chaque création, le plus grand des défis est de trouver dans les pâtes de verre ou autres (bizzaza, sicis, van gogh, or etc…) celles que je vais associer pour me permettre de faire des nuances…. Ensuite je fais selon mon instinct.
Pour les portraits je procède de la même façon, mais j’utilise plutôt du grès cérame.

Marielle Franco (1979 – 2018)
Sociologue, élue et militante des droits humains
Originaire de la favela de Maré, Marielle Franco a dédié sa vie à la lutte contre les violences policières et pour la dignité des quartiers populaires. Figure montante du Parti Socialisme et Liberté, elle est élue en 2016 conseillère municipale de Rio de Janeiro avec un score historique.
Femme noire et lesbienne, elle a fait de son mandat un levier pour les droits des femmes et des minorités, déposant 16 projets de loi en faveur de la justice sociale. Son assassinat, le 14 mars 2018, a fait d’elle une icône internationale de la résistance. Son nom et son combat restent gravés dans l’histoire, comme en témoigne l’hommage qui lui a été rendu à Paris en 2021.
La Gardienne de la mémoire : Un trait d’union numérique
On te sait très active derrière ton écran pour dénicher des pépites. Comment s’organise ton quotidien entre tes propres recherches et les photos que les collègues mosaïstes t’envoient pour tes diaporamas ?
Depuis bientôt 3 ans, je me suis donné pour but de « faire connaître et reconnaître la mosaïque comme un Art ». J’ai donc eu l’idée de mettre « A LA UNE » un ou une mosaïste chaque jour. J’ai commencé avec mes amis, puis je ne me suis pas arrêtée là, au fur et à mesure des évènements mondiaux, des pages de mosaïstes, je découvre de nouveaux artistes. Ensuite, je fais des recherches à partir de leur nom un peu partout : FB, Instagram, Google etc…. Je sélectionne ensuite une dizaine d’oeuvres pour chaque artistes, je recadre les photos, je les identifie, et je les publie. Afin que ces publications ne se perdent pas, je réalise également des vidéos qui contiennent environ 50 artistes chacune. Mes soirées sont donc bien occupées !
Pour ce qui est des vidéos des évènements en France, je collecte les photos postées par celles et ceux qui ont la chance de se rendre aux expos, et évidemment j’ai quelques collègues qui maintenant ont l’habitude, et savent tout à fait comment j’opère. Ils m’envoient leurs photos sous forme de fichiers sans oublier les étiquettes pour identifier les oeuvres.
Tu es extrêmement vigilante sur l’identification. Pourquoi est-ce si vital pour toi, au-delà de la simple information, de rendre systématiquement son nom à l’artiste derrière chaque image sur le web ?
Oui j’ai déjà trop vu dans des Groupes, des copies de mosaïque avec la mention « trouvé sur Internet ». Je trouve dommage, de ne pas aller plus loin pour rendre hommage au créateur de l’oeuvre. Ce n’est pas normal, prendre contact avec une personne pour lui demander son accord, ce n’est pas compliqué.
Je l’ai fait plusieurs fois avec des artistes peintres, et à chaque fois, nous avons échangé, c’était même enrichissant et l’on je m’a jamais refusé le droit d’interpréter une oeuvre bien au contraire. Dans la plupart des cas, ils veulent voir le résultat ! Je ne voudrais pas non plus que des photos de mosaïques se propagent sans identification si elles viennent de mes publications.
À travers ta veille sur les réseaux du monde entier, tu as un œil unique sur ce qui se crée aujourd’hui. Qu’est-ce qui te surprend ou t’émerveille encore dans la mosaïque internationale ?
La diversité des styles. Je n’aime pas forcément tout ce que je vois, mais je suis émerveillée de voir parfois l’originalité des œuvres, des matériaux utilisés, les supports etc…. Les œuvres parfois gigantesques réalisées…


L’Artiste au quotidien
Ton sens de la couleur est frappant dans tes créations. Comment choisis-tu ta palette ? Est-ce une intuition soudaine ou le fruit de tout ce que ton œil emmagasine lors de tes moments de recherche ?
C’est d’abord ce que mon œil emmagasine, j’imagine la mosaïque terminée, avec quels matériaux, quelle touche de nuance je dois faire ressortir pour la rendre belle à regarder…. Ensuite je choisis ma palette de couleurs en les étalant par teinte !
Adhérente de la première heure de l’ARMO, comment vois-tu l’avenir de cette communauté que tu aides tant à souder par ton travail de mémoire ?
Avec les différents partages, la mine de renseignements qu’on va y trouver (évènements, fournisseurs, artistes, stages et formations etc…) ARMO devrait devenir une communauté avec de nombreux adhérents, il faudra continuer à en faire la promo afin qu’elle soit reconnue aussi dans le monde des Arts.

Bouquet par Michelle Munnier
Le Tac au Tac de Michelle
Ton premier coup de cœur artistique ?
A Chartres en 2014, « Multiverse » une mosaïque de Nathalie Vin avec qui j’ai pu échanger
Une matière que tu n’as jamais osé toucher ?
Le marbre, la vaisselle cassée. Tout ce qui se taille à la marteline !
Un ou une artiste qui t’émerveille à chaque fois sur ton écran ?
Gérard Brand, je suis fan ! J’ai vu plusieurs de ses expos à Obernai, et je ne m’en lasse pas. Il innove à chaque fois, il est à mes yeux extraordinaire !
Ton secret pour rester aussi curieuse chaque matin ?
Je suis passionnée, ce n’est finalement pas un secret, mais je suis avide de nouveautés, d’info concernant les évènements, enfin tout ce qui tourne autour de la mosaïque !!! Et puis pour moi, les mosaïstes forment une grande famille, et j’aime avoir des nouvelles : leurs activités, leurs expos, parfois des nouvelles personnelles, c’est ça aussi que j’aime dans la communauté des mosaïstes
Un petit mot pour les mosaïstes qui te confient leurs photos ?
Un grand merci, surtout, ils prennent soin de penser à moi, ils savent ce dont j’ai besoin, ils sont « mes yeux », un merci particulier à Jean Marc qui pense à chaque expo à me faire un beau reportage !
Et donc je veux ajouter que pour l’instant des vidéos de plusieurs expos sont en ligne sur Youtube, et que je suis toute disposée à en réaliser d’autres s’il y a des besoins ! Il suffit de demander.
L’ARMO en un mot ?
Faire reconnaître la mosaïque comme un Art, en faire un « lieu » où les mosaïstes se retrouvent, prennent connaissance des évènements, des formations qui existent…
Je n’ai pas su le dire « en un mot » !!!

Le mot de la fin
Un immense merci à Michelle Munnier qui s’est prêtée avec autant de générosité que de sincérité au jeu de nos questions-réponses. En partageant ainsi son parcours et son regard sur la matière, elle inaugure merveilleusement la série “Zoom” de notre site internet.
Toute l’équipe de l’ARMO la remercie du fond du cœur pour cette belle complicité
Une belle rencontre qui, nous l’espérons, vous aura autant inspirés que nous !


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