Où et quand as-tu découvert la mosaïque ?
C’était en deuxième année à l’école des Beaux-Arts, quand on a dû réaliser un exercice en peinture avec la technique des pixels: il fallait diviser toute la feuille en carrés de 2x2mm… l’espace devenait tellement restreint qu’il permettait à peine de frôler le papier avec la pointe du pinceau.
L’objectif était de placer deux couleurs différentes côte à côte afin que le spectateur puisse déduire une troisième couleur, résultant de cette juxtaposition. C’est cet exercice qui m’a poussé à m’intéresser à la mosaïque, où on retrouve ce principe consistant à disposer côte à côte des tesselles de différentes couleurs afin de créer l’illusion d’une troisième couleur. C’est plus tard – en troisième année (2015) – que j’ai réalisé ma première mosaïque.



As-tu suivi une formation particulière?
Non, je m’appuie essentiellement sur mon expérience de la peinture – notamment un cours d’art mural aux beaux-arts, et ma formation antérieure d’ingénieur en électronique.

Y a-t-il une “scène” mosaïque au Soudan? des mosaïstes professionnels?
On ne peut pas vraiment parler d’une “scène mosaïque” au Soudan. On peut compter les mosaïstes actifs sur les doigts d’une seule main, et il n’existe qu’un atelier officiel de mosaïque dans tout le pays.
J’avais créé mon propre atelier en 2021 et j’y ai travaillé pendant quelques mois, période durant laquelle j’ai réalisé une grande mosaïque murale, mais malheureusement un coup d’Etat militaire a eu lieu cette même année et est venu paralyser le fonctionnement de l’Etat, y compris mon travail et tout travail artistique et culturel…
D’un point de vue historique, les anciennes civilisations soudanaises avaient exclusivement recours aux fresques murales peintes pour décorer l’intérieur des temples et cimetières sous les pyramides kouchites.
Il n’y a pas eu de tradition mosaïque dans l’Antiquité soudanaise, contrairement à ce que l’on observe dans les pays d’Afrique du Nord où elle a connu un essor considérable avec l’expansion de l’Empire romain dans le bassin méditerranéen.




Quels ont été tes principales réalisations à ce jour (lieux, matériaux utilisés) / et tes préférées
Ma première grande réalisation (3×9 m) intitulée “Mosaïque de la Culture de Kordofan” (2018), se situe à l’aéroport international d’El-Obeid. Elle est en céramique et porcelaine.
Ma deuxième grande mosaïque murale, “Mosaïque du Sit-in de L’Utopie”, réalisée en 2021 en céramique et porcelaine aussi, mesurait 5,5× 3,83 m et n’a malheureusement pas pu être installée en raison des bouleversements politiques survenus (coup d’État militaire) au Soudan en 2021 et du caractère sensible de son thème politique, qui mettait en lumière la révolution soudanaise et le massacre survenu lors du démantèlement d’un sit-in révolutionnaire devant les murs du quartier général de l’armée, après le début de la guerre de 2023, soutenue par les Émirats arabes unis, contre les civils soudanais. La fresque a disparu de son lieu de stockage et on ignore où elle se trouve à l’heure actuelle.
Ce sont mes deux œuvres préférées et elles sont liées à des événements importants de l’histoire du Soudan (entre 2018 et 2021). Il est impossible de comprendre la situation actuelle du Soudan sans s’intéresser à cette période-là.
En outre, ces deux fresques comptent parmi les plus grandes œuvres plastiques réalisées à cette époque dans le pays.



Y a-t-il des projets que tu aimerais pouvoir réaliser en mosaïque?
Depuis ma relocalisation en Bretagne – à Brest – je vis une expérience différente de tout ce que j’ai vécu avant au Soudan, en Égypte et en Tunisie et j’espère voir tout ça se refléter dans une fresque en mosaïque un jour. On sait hélas que l’instabilité politique est le principal ennemi de la création artistique…
Depuis 2023, je travaille essentiellement à l’aquarelle et au fusain en raison du manque d’espace et de la précarité mais je suis en train de préparer un plan de retour à la mosaïque pour très bientôt.


Que penses-tu qu’une association comme l’ARMO pourrait t’apporter?
Je me sens chanceux d’avoir pu rencontrer des mosaïstes sympas ici, grâce à l’ARMO. C’est une bonne idée de rassembler les mosaïstes pour partager leurs expériences et aussi faire de la mosaïque ensemble. Pour moi la mosaïque est une manière artistique de s’amuser collectivement, ce qui me plaît beaucoup et qui n’existe pas dans les autres pratiques artistiques. Avec des médiums comme l’aquarelle, le fusain ou le dessin, on ne partage que le résultat avec des autres, alors qu’en mosaïque on a la possibilité de fabriquer une œuvre ensemble. C’est ce que j’espère, grâce à l’ARMO.
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