Zoom 11 : Amélie Guyonnet

Entre autres activités manuelles et créatives, j’ai pratiqué la mosaïque en loisirs créatif dans l’adolescence, et c’est en vacances en Italie, dans le Frioul natal de mes grands-parents maternels, que j’ai découvert l’école de mosaïque. Immédiatement fascinée par la richesse de cet art et constatant qu’on pouvait en faire un métier, j’ai décidé de m’y inscrire.

Ma pratique de la mosaïque a toujours été intense et continue. On peut dire que la pratique de cet art en particulier est un style de vie. Je suis en recherche constante.

À la sortie de l’école, j’ai travaillé avec des collègues pour des commandes pour des privés ou des commandes publiques. Je collabore avec des artisans, des ateliers plus importants, et d’autres artistes pour différents projets. J’ai rapidement commencé à participer à des expositions collectives et parfois personnelles.

Dans le tumulte de mon activité créative, des petites créations naissent parfois en série et c’est ainsi que j’ai commencé à développer un produit “artisanal artistique”. Des objets de petite taille qui me permettent d’exprimer ma manualité et l’inspiration du moment, tout en restant accessibles. je vis un peu de tout ça ensemble et mon activité est toujours en cours de développement et de construction.

Oui c’est très agréable de travailler en collaboration et principalement pour les échanges humains. Bien sûr c’est très intéressant aussi techniquement et les nombreux travaux de groupes réalisés à l’Ecole de mosaïque , nous permettent de  nous adapter assez aisément à une “lavorazione” commune. De plus, cela permet de réaliser des projets de plus grande envergure, et c’est tellement réjouissant de célébrer ensemble une aventure partagée, surtout si le projet est commun

D’après mon expérience, être mosaïste en France ou en Italie c’est la même chose. En Côte d’Ivoire le métier est très peu répandu et la technique que j’utilise n’est pas enseignée. Il existe une forme de mosaïque contemporaine en Côte d’Ivoire, qui ne demande qu’à être développée et qui a un gros potentiel. Les africains ayant naturellement une propension à créer à partir de “rien”, je n’ose imaginer les merveilles qui pourraient être réalisées suite à l’apprentissage de quelques techniques. Outre l’utilisation des déchets, transformés en tesselles, il y a tellement de matériaux naturels à explorer, pour en découvrir les textures, les entrailles, et à disposer en harmonies..

Je ne dirais pas que je change d’univers créatif, mais que ce dernier s’enrichit au fur et à mesure de mes voyages. De nouveaux éléments interviennent, je découvre de nouveaux rythmes. Mais je sens un univers créatif qui a son empreinte et dont les antennes s’affinent et captent les idées qui vibrent avec cet univers.

Ce qui m’a toujours inspiré, c’est tout ce qui me donne une sensation “matérique” agréable. Les jeux de forme, de rythme, de couleur, il s’agit toujours d’une sensation. J’ai trouvé dans la mosaïque le médium parfait pour émaner ce type de sensations, pour les rechercher, pour m’y plonger. 

Et pour citer quelques artistes: El Anatsui, Keith Haring, Serge Attukwei, Tagoe Turkson, Moffat Takadiwa…

Mon approche créative est plutôt intuitive, je me pose au milieu des matériaux, les formes et les images et les couleurs m’appellent. Je développe les idées chemin faisant. Parfois je dispose les matériaux côte à côte afin d’essayer des compositions, et parfois je commence à coller, j’essaye de nouvelles choses. Le seul problème c’est que la mosaïque c’est un peu long à faire. Et parfois les idées sont trop pressantes et je me retrouve avec pas mal d’échantillons. Si le temps était infini, j’en aurais des grandes mosaïques à finir. Bien entendu lorsque je dois réaliser une mosaïque sur commande, j’étudie les matériaux en fonction de l’image de base et parfois j’essaye d’y placer quelques éléments originaux. L’important c’est que le tout soit harmonieux.

Je n’ai pas vraiment de matériaux préférés, j’ai des périodes d’exploration de nouveaux matériaux qui viennent ensuite enrichir ma gamme de matériaux préférés. Sinon, je trouve aussi fantastiques les précieux smaltes vénitiens avec leur couleurs chatoyantes que les matériaux naturels dont les textures et la chaleur m’émerveillent.

Ah oui, j’en ai des rêves et des projets qui ne demandent qu’à émerger. Au premier rang: la recherche d’un atelier partagé .

En voyage, j’ai très souvent ma martelline ou mes pinces avec moi, selon le type de voyage que je fais, car très souvent je retrouve des amis mosaïstes et donc du temps en atelier. Sinon, si je suis vraiment en vacances sans but productif, à me dorer la pilule, je collecte au moins des matériaux, et je nourris mon inspiration.

Je ne peux pas dire que je nourris consciemment ma créativité, car c’est plutôt un flux qui m’habite. Où que je sois, mes mains s’occupent, si elles ne créent pas, elles touchent. Et sinon mon imagination est toujours très active, visionnant des choses inutiles et sympathiques un peu partout comme dans le nuage que j’ai devant moi, avec sa crête sur la tête et son grand sourire.

Je la vis pleinement.


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